Dans les Andes péruviennes, à haute altitude, pousse un arbuste aux petites feuilles dont le parfum se reconnaît à plusieurs mètres. On l’appelle muña et elle appartient à la famille de la menthe. Dans beaucoup de foyers andins, c’est une plante du quotidien ; pourtant, hors de la région, on en parle à peine.

Une menthe d’altitude
La muña est un arbuste aromatique du genre Minthostachys, de la famille des lamiacées. Au Pérou, le nom de muña désigne surtout Minthostachys mollis, l’espèce la mieux connue du genre. C’est une plante des Andes : le genre s’étend du nord du Venezuela, en passant par la Colombie, l’Équateur, le Pérou et la Bolivie, jusqu’au centre de l’Argentine.
Un même parfum, plusieurs noms
La même plante, ou des plantes très proches, porte des noms différents selon les lieux. Du centre du Pérou à la Bolivie, on dit muña ; dans le nord du Pérou, chancua ; en Bolivie aussi q’oa ; en Équateur, poleo ou tipo ; et en Argentine, peperina. Les noms populaires distinguent rarement une espèce d’une autre, ce qui complique le travail des botanistes.
Où elle pousse
C’est une plante d’altitude. Dans une étude menée à Huánuco, dans les hautes terres du centre du Pérou, elle est signalée entre 2 400 et 3 900 mètres environ. Cette même étude indique que six espèces du genre sont recensées au Pérou, dont trois n’existent que dans ce pays.
Dans la cuisine et la maison andines
Les usages traditionnels décrits dans la littérature sont très quotidiens. À Huánuco, par exemple, elle assaisonne un bouillon vert local. On la prépare aussi en infusion, surtout comme boisson de tradition familiale. Et elle a un usage moins connu : dans le sud du Pérou, on la place parmi les tubercules stockés pour les protéger des ravageurs, et ailleurs on l’a utilisée pour éloigner insectes et tiques du bétail.
Ce qu’elle sent, et pourquoi
L’arôme de la muña vient de son huile essentielle. Les analyses la décrivent comme un mélange de composés aromatiques, parmi lesquels se détachent la pulégone et la menthone, avec d’autres comme le limonène. Les proportions varient beaucoup selon le lieu, l’altitude, la saison et la partie de la plante analysée : selon les études, le composé principal a été la pulégone, la menthone, l’acétate de carvacryle ou d’autres. Deux échantillons de muña peuvent donc ne pas avoir la même odeur ni la même composition.
Ce que la science a étudié
La muña intéresse aussi les laboratoires. Une revue publiée en 2026 rassemble les travaux des deux dernières décennies et note que la recherche a progressé, surtout au Pérou et en Argentine. En laboratoire, l’huile a été testée contre des bactéries et des champignons, comme répulsif et insecticide contre des ravageurs de grains stockés, et comme antioxydant dans des aliments comme le chocolat ou l’huile de sacha inchi.
Il faut lire cela avec prudence : ce sont des résultats de laboratoire ou sur l’animal, qui ne démontrent pas d’effets chez l’être humain. La même revue souligne que les études de sécurité et d’efficacité en conditions réelles manquent encore, et que la variabilité chimique rend difficile toute standardisation d’un extrait.
Une plante à préserver
Comme d’autres plantes sauvages, la demande peut être un risque. L’extraction d’huiles essentielles à plus grande échelle, en Argentine et au Pérou, a entraîné par endroits une surexploitation locale des populations sauvages. Par ailleurs, une étude sur le rat a décrit une toxicité aiguë modérée et des effets sur le foie et les poumons à fortes doses : ce n’est donc pas une plante à prendre à la légère. Une raison de plus de bien la connaître avant d’envisager de l’utiliser comme ingrédient.
Une plante à découvrir
La muña résume bien ce qui nous attire dans la biodiversité andine : une plante humble, d’usage quotidien, à la chimie complexe et encore beaucoup à étudier. Chez COLIBRÍ ORIGINS, nous pensons que chaque espèce mérite d’être comprise avec rigueur avant d’arriver dans un produit.
Ce contenu est fourni à titre informatif et ne constitue pas un avis médical. En cas de doute sur l’usage d’une plante, consultez un professionnel de santé.
Sources
- Eduardo, K., Marchena-Chanduvi, R. et Vásquez-Senador, M. (2026). Minthostachys mollis: Chemical composition, biological activities and potential applications in a systematic and bibliometric review. Scientia Agropecuaria 17(2) : 443-462. https://revistas.unitru.edu.pe/index.php/scientiaagrop/article/download/7476/7467/30165
- Maquera Lupaca, D. et al. (2009). Componentes químicos de los aceites esenciales de muña Minthostachys mollis en Huánuco. Investigación Valdizana 3(2) : 100-106. https://www.redalyc.org/pdf/5860/586061880008.pdf
- Wikipédia : Minthostachys (genre ; synthèse fondée sur Schmidt-Lebuhn, A. N. (2008), Journal of Ethnopharmacology 118 : 343-353). https://en.wikipedia.org/wiki/Minthostachys
