Le Tarwi, légumineuse andine qu’il faut savoir apprivoiser avant de consommer

Dans les hauteurs froides des Andes péruviennes, entre 2 000 et 3 800 mètres d’altitude, pousse une légumineuse au secret peu connu en dehors de la région : avant de pouvoir être consommée, elle doit tremper plusieurs jours dans l’eau. Il s’agit du tarwi, légumineuse andine également appelée chocho, cultivée dans les Andes depuis plus de mille ans et qui recèle l’une des histoires les plus particulières de tout le catalogue de la biodiversité péruvienne.

Une légumineuse qui ne se mange pas telle quelle

Contrairement à la plupart des légumineuses, la graine de tarwi contient naturellement des alcaloïdes au goût amer, ce qui rend impossible sa consommation directement après la récolte. Avant d’arriver dans une quelconque assiette, elle doit passer par un processus traditionnel de « désamérisation » : un trempage prolongé dans une eau courante pendant plusieurs jours, qui élimine ces composés amers et rend la graine prête à cuisiner. C’est une étape absente de la plupart des légumineuses dans le monde, et elle fait partie intégrante de l’identité de cette culture andine.

Tarwi (Lupinus mutabilis)
Photo : Michael Hermann, Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Un nom qui raconte sa propre histoire

Tarwi (Lupinus mutabilis)
Photo : Tracey Slotta, USDA-NRCS PLANTS Database (Domaine public)

Le nom « chocho », sous lequel le tarwi est également connu dans une grande partie du Pérou, provient du mot quechua « chuchu », qui signifie « mamelon maternel ». L’origine de ce mot a une explication concrète : une fois désamérisé, cuit et broyé, le chocho se transforme en un liquide blanc à l’aspect similaire à celui du lait, que les communautés andines utilisaient traditionnellement pour compléter l’alimentation des plus jeunes enfants.

Des racines qui remontent aux cultures préhispaniques

Le tarwi est l’une des cultures domestiquées les plus anciennes d’Amérique du Sud : des restes de ses graines ont été retrouvés dans des tombes de la culture Nazca, qui a prospéré entre 100 et 800 apr. J.-C., bien avant l’Empire inca. Au Pérou, il est cultivé principalement dans des régions comme Áncash, Cajamarca, Cusco, Huánuco, Junín et Puno.

Un allié silencieux pour la terre

Au-delà de sa valeur alimentaire, le tarwi joue un rôle important dans l’agriculture andine : ses racines fixent l’azote atmosphérique dans le sol, améliorant naturellement sa fertilité — une caractéristique qui en fait, en plus d’une culture vivrière, un allié agronomique pour les terres où il est semé aux côtés d’autres cultures.

Une présence au-delà des Andes péruviennes

Bien que le tarwi soit surtout connu au Pérou, il est également cultivé à plus petite échelle dans des pays voisins comme la Bolivie et l’Équateur, où il porte des noms similaires et fait partie des traditions culinaires propres à chaque région andine.

Une culture qui pousse en bonne compagnie

Le tarwi est traditionnellement cultivé en polyculture, semé aux côtés du maïs, de la pomme de terre ou d’autres produits andins, plutôt que seul. Cette pratique tire parti de sa capacité naturelle à fixer l’azote dans le sol, bénéficiant directement aux cultures voisines avec lesquelles il partage la parcelle — une forme d’agriculture traditionnelle qui combine plusieurs cultures de manière complémentaire.

Du déchet à la recherche : l’alcaloïde qui devient un allié

Les alcaloïdes amers retirés du tarwi lors du processus de désamérisation ne sont pas toujours simplement jetés : différents groupes de recherche ont exploré leur utilisation comme insecticide naturel en agriculture, tirant parti des mêmes propriétés qui rendent la graine amère pour protéger d’autres cultures des nuisibles. C’est un autre exemple de l’exploitation intégrale qui caractérise cette culture andine, où même ce qui est retiré trouve une seconde utilité.

Chez Colibrí Origins, nous continuons d’explorer la biodiversité des Andes et de l’Amazonie péruviennes, et le tarwi est un bon exemple de pourquoi il vaut la peine de regarder au-delà de l’évidence : une légumineuse qui exige de la patience avant d’arriver à table, un nom qui raconte sa propre histoire, et une présence dans les Andes qui remonte à plus de mille ans.

Ce contenu est fourni à titre informatif et ne constitue pas un avis médical. En cas de doute sur la consommation d’un aliment ou d’une plante, consultez un professionnel de santé.

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